L’église cathédrale

La cathédrale est dans chaque diocèse l’église de l’Evêque. Il y a son siège (la cathèdre), il y exerce son enseignement, il y tient la place du successeur des apôtres. Ce lieu rappelle donc l’ordination de celui-ci et son installation comme Evêque de Liège. Il y célèbre l’eucharistie aux grandes fêtes (Noël, Semaine Sainte et Pâques, Pentecôte) et lors des grands moments de la vie diocésaine (messe chrismale, ordinations, confirmations, St Lambert, etc.)

La cathédrale est l’église mère de toutes les églises du diocèse. Elle est desservie par le chapitre, un collège de douze prêtres qui assurent la liturgie quotidienne (eucharistie et prière des heures) aux intentions de tout le diocèse.

L’église est dédiée à la conversion de Saint-Paul et à l’Assomption de Marie. Elle succède depuis 1804 à la cathédrale Saint-Lambert, détruite lors de la Révolution à partir de 1794.

Histoire de la construction

L’église avec son chapitre fut fondée en 966 par l’Evêque Eracle (959-971), prédécesseur immédiat de Notger. C’est la première église sur l’île formée sur les bras de la Meuse, au sud-ouest de la cité, c’est- à- dire de Saint-Lambert. Ce quartier ‘’en île’’ était habité depuis un certain temps par les fonctionnaires (ministériales) de l’Evêque et les premiers commerçants de l’île ; le quartier a gardé ce caractère commercial. Il se trouvait à cet endroit un oratoire dédié à Saint Callixte.

L’église primitive, construite par Eracle et achevée par Notger, devait-être de type ottonien, constituée de deux chœurs : la tour comportait deux étages s’ouvrant sur la nef ; le chœur oriental s’érigeait sur une crypte.

L’église actuelle (voir le plan à l’entrée de l’église), de style gothique, fut érigée à partir de 1240 et s’acheva en 1417-1430. Le cloître fut reconstruit à partir de 1445.

La première phase, du XIII e siècle, commença par le chœur actuel, à fond plat, sans abside et le mur est du transept ; puis vint l’achèvement du transept et le bas des deux premières travées de la nef. Cette phase est encore reconnaissable, par comparaison avec les autres travées, à certains détails des colonnes et des chapiteaux. Ensuite, après 1251, on procéda à l’achèvement des deux premières travées (triforium et voûtes). La consécration de l’église eut lieu le 11 avril 1289.

Peu après 1333-1334, on construisit le reste de la nef et le portail vers l’île, puis les chapelles du bas-côté nord (nécessaires au nombre des messes). Vers le même temps, l’abside et ensuite les deux chapelles absidiales. Enfin les chapelles du bas-côté sud (sur l’emplacement de la galerie nord du cloître). On commença l’érection de la nouvelle tour vers 1390.

Le portail ouest date du 16e siècle.

La tour a été surmontée du clocher et de la flèche en 1804. La restauration (1850-1875) a construit les collatéraux doubles du chœur (d’où la percée des baies du transept, 1865 et 1875), et garni de balustrades de pierre ainsi que, sur la façade nord, de contreforts ; les pignons nord et sud one été agrémentés de crochets et surmontés de statues.

Dimensions intérieures: Longueur totale : 82,75m / Longueur du transept : 33,50m / Hauteur : 24m / Largeur nef & chœur : 11m

Visite de l’église

L’allure intérieure, aux lignes très pures, est très unifiée, notamment par l’égale hauteur des voûtes, depuis l’abside jusque sous la tour, malgré les différentes phases de construction. Le tout témoigne du style mosan. L’alliage du calcaire bleu mosan et du calcaire ocre lorrain est du plus bel effet. La charpente originale est conservée.

La grande nef comporte sept travées et se prolonge dans le bas de la tour. Elle s’appuie sur des colonnes cylindriques, surmontées d’un chapiteau au feuillage très sobre, d’un tailloir d’où s’élèvent des colonnettes engagées qui se déploient dans les voûtes ; un très beau triforium (galerie ajourée de l’intérieur) fait de colonnettes et d’écoinçons sculptés. Au-dessus, les baies sont ornées de motifs créés par l’artiste suisse Gottfried Honegger (1917-2016) selon la technique traditionnelle d’une mosaïque de verre vitrail dans un maillage de plomb. La création du monde en 7 jours est symbolisée par le chaos initial à gauche, le monde organisé à droite. Ces vitraux ont été réalisés et posés par l’Atelier Loire, de Chartres.

Notez les clés de voûte (à l’ouest) : des hommes barbus, et Saint-Paul entouré de deux céroféraires (servants porteurs de cierges). Les voûtes du vaisseau et du transept sont peintes d’élégants rinceaux aux animaux variés (datés de 1528, 1529, 1557). La peinture des autres voûtes date du XIX e siècle. Ceci donne l’impression d’une forêt.

Le chœur est fermé dans le bas par des murs, ornés de deux rangées d’arcatures aveugles très dépouillées (la première est cachée par les stalles) et de hautes fenêtres ; les colonnes sont engagées et ornées de très petits chapiteaux servant de départ des arcades des voûtes. Les vitraux sont dus à JULIN et PIROTTE (1981-1982).

L’abside (du 14e siècle) est conforme au style mosan (comme à Huy) : des niches aux arcades trilobées, puis une verrière à deux étages ; l’éclairage va presque jusqu’au sol. Notez les superbes verrières de 1557-1559, sauf l’ornementation des deux extrémités : le beau calvaire Renaissance est dû à un dessin de Lambert Lombard.

De part et d’autre, les donateurs avec Pierre et Paul ; remarquer les très beaux couronnements architecturaux et les belles armoiries des donateurs.

Le maître-autel (1881-1894) en laiton doré, marbre sculpté (dont le martyre de Saint-Lambert), colonnettes en porphyre, est l’œuvre du liégeois J.J. DEHIN.

Dans le bas de l’autel, une belle mosaïque de Luc CARAMINI : Saint-Lambert gisant. L’aigle lutrin en bronze doré est dû à DEL COUR. Les stalles néo-gothiques représentent la vie de Saint-Lambert (côté nord), la Résurrection générale et le Jugement dernier (côté sud). A côté, l’ancien trône de l’évêque avec la représentation de Saint-Lambert et Saint-Hubert (1868)

Transept

Sous l’arc triomphal, le grand Christ en bois polychrome vers 1330, primitivement sur le jubé ancien, a été replacé sur une belle croix en 1884.

La cathèdre (trône de l’évêque) est très récente et de même facture que l’autel, l’ambon et les sièges des célébrants. Ce mobilier est une création de l’architecte Florence Cosse (2012).

La Sedes Sapientiae (vers 1230), provient de l’ancienne église Saint Jean-Baptiste. La Vierge en majesté présente l’Enfant-Dieu, sagesse du monde.

A droite, le grand vitrail dit « de Léon d’Oultres » est le chef-d’œuvre verrier (1530) du temps du cardinal Erard de la MARCK, évêque de Liège. Le couronnement de la Vierge y apparaît au milieu d’une grande couronne, et au registre inférieur, la Conversion de Saint-Paul et la vénération de Saint-Lambert par le donateur, le chanoine Léon d’Oultres. Sauvé de la destruction en 1794 et en 1914, il a été restauré, grâce à de généreux mécènes, par la Manufacture Vincent Petit de Troyes et reposé en 2014. C’est un des plus beaux vitraux de Belgique et le plus beau de Wallonie.

Examiner les détails du vitrail du couronnement de la Vierge en cliquant ici.

Adossée à la chapelle canoniale, une statue de Saint-Hubert date du 16e siècle.

Les peintures murales du transept (nord et sud) en style quattrocento (Adolphe TASSIN, fin du 19e siècle), représentent la vie de la Vierge et la vie de Saint-Paul, et en style néo-gothique, le portrait des évêques et saints du diocèse (début du 20e siècle). Prolongeant celles de la nef, les quatre baies de G. Honneger symbolisent l’harmonie de la Création.

L’absidiole du collatéral sud est éclairée d’un vitrail (JULIN et PIROTTE, 1982) dédié à Saint-Hubert, évêque de Liège ; un autel ancien est orné de la fresque de la crucifixion (Lambert Lombard ?)

Trois peintures ornent le mur de ce collatéral : la Descente de Croix de Gérard SEGHERS (1589-1651), le Banquet de Jupille d’Auguste CHAUVIN (1861), et la Conversion de Saint-Paul de Jean-Joseph ANCIAUX (1764-1840).

Dans le croisillon nord, la belle verrière de Max INGRAND (verrier de l’abside de Strasbourg ; + 1969) représente la Cène et la procession de la Fête-Dieu (en forme de double couronne) ainsi que les figures de l’eucharistie (le miracle de Cana et le sacrifice de Melchisédech) ; c’est une composition bien équilibrée avec de beaux coloris.

Dans le collatéral nord, sous la simple dalle à même le sol, et dans l’absidiole, sous l’inscription au sol, sont inhumés les évêques de Liège : Albert de CUYCK (+1200), Erard de la MARCK (+1538), Georges d’Autriche (+1557), Constantin van HOESBROECK (+1792), Corneille van BOMMEL (+1851) et Guillaume-Marie van ZUYLEN (+2004).

Le très beau Christ en bronze de Jean DEL COUR (1631-1707) provient du Pont des Arches, où il était entouré de la Vierge et de Saint-Lambert. Il marquait l’entrée de la cité, en signe de dédicace : Legiae cives te adorant (ancienne inscription). De part et d’autre de l’autel, deux anges baroques du 18e siècle provenant de l’Abbaye de Val-Dieu.

Au fond de l’absidiole nord, le vitrail est dédié au martyre de Saint-Albert de Louvain, évêque de Liège, +1192 (JULIN et PIROTTE, 1982). Noter que la statue récente de la Vierge des pauvres de Banneux, déposée un moment à cet endroit, est désormais placée en l’église d’Heuseux.

Sur le mur, le magistral Baptême du Christ du liégeois Jean-Guillaume CARLIER (1638-1678) : clair-obscur et personnages secondaires très vivants

Descendons le bas-côté nord

Dans la chapelle du Saint-Sacrement, l’œuvre du fondeur liégeois J.J. DEHIN (1883, à l’occasion du Jubilé eucharistique de Liège), en laiton doré : le retable (belle Cène, le sacrifice d’Isaac, le sacrifice de Melchisédech ; et le banc de communion (de M . FINCOEUR) avec les symboles de l’eucharistie.

Au dessus de l’autel : Dispute sur le Saint-Sacrement du liégeois Erasme QUELLIN, disciple de Rubens (1607-1678) : Augustin, Jérôme, Grégoire le Grand et Ambroise.

En face, un très beau tableau de l’assomption du liégeois Gérard de LAIRESSE (+1711) qui ornait le maître- autel de Saint-Lambert. Les beaux vitraux sur l’eucharistie sont de Max INGRAND.

La chapelle de la Vierge contenait une belle statue en marbre de Carrare, au style classique rigoureux, du chartreux Robert HENRARD (1617-1676), désormais conservée au trésor. De part et d’autre de la statue contemporaine de la Vierge, les bas-reliefs de DEL COUR : le don des clés à Pierre (inspiré du bas-relief de la façade de Saint-Pierre au Vatican) et de la rencontre de Pierre et Paul à Rome.

Le gisant du Christ (exécuté pour le tombeau de Walther de LIVERLOO et sa femme), est le chef d’œuvre de Jean DEL COUR (1696), qui profita d’un voyage à Rome pour s’inspirer de la Piéta de Michel-Ange, notamment pour le visage du Christ ; le corps est prêt à revivre.

Notez le buste de Mgr A. BARRETT, vicaire capitulaire de Liège de 1814 à 1829. Voir également le vitrail  de Gustave MONZEE (1950) dédié à Mgr KERKHOFS (1927-1962) évêque de Liège dont il faut se rappeler l’action courageuse et généreuse durant la dernière guerre.

Sur le pilier d’angle sont gravés des repères qui indiquent la hauteur atteinte par l’eau lors des inondations des siècles passés.

Sous la tour, le mur qui soutient le jubé incorpore l’ancienne porte du chœur, style Louis XIII (1643). L’ancienne clôture en laiton du chœur avec l’inscription en wallon (J.J. DEHIN) a été placée ici pour répondre à la réforme de Vatican II. Les deux autels en laiton doré sont de J.J. DEHIN. Dans le fenestrage (refait au 19e siècle, aux meneaux rayonnants), le très beau vitrail (vers 1970) de la Nativité, de la Résurrection et de la Pentecôte de Max INGRAND, avec en inscription un chant wallon de Noël. Deux grandes peintures d’ANCIAUX ornent les murs latéraux de la tour : la Résurrection et l’Assomption.

Revenons au bas-côté de droite

Les anciens combattants ont apposé cette belle plaque en bronze pour commémorer les prêtres liégeois et limbourgeois, morts lors de la dernière guerre, notamment les résistants.

Dans la chapelle Saint-Joseph, une statue du 18e siècle de Saint-Joseph provient de Notre-Dame-aux-Fonts. En face, deux monuments de style renaissance (premier quart du 17e siècle) érigés à la mémoire de la famille Oranus. Au-dessus, deux huiles sur toile de Gilles Lamine (1719) en dépôt de l’Abbaye de Val-Dieu: St Benoît ressuscitant un enfant et Lactation de St Bernard.

Cinq vitraux créés en 2013 par le Frère dominicain Kim en Joong ornent les chapelles St Joseph et St Lambert, sur le thème de la Lumière. Ils ont été réalisés par l’Atelier Loire de Chartres selon la technique du « flooting » (peinture sur verre comme un tableau, suivie de plusieurs cuissons).

Dans la chapelle Saint-Lambert, la châsse contient les reliques de Saint-Lambert. La nouvelle châsse est due aux frères WILMOTTE (1896), sur le modèle des châsses mosanes du Moyen-âge. Elle remplace la châsse emportée par l’armée française et fondue à Hambourg. Elle représente la vie de Saint-Lambert. A côté, la belle statue de Saint-Lambert (style DEL COUR) provient du collège de Herstal. Noter que le buste reliquaire du saint, œuvre majeure du patrimoine national, est exposé au Trésor. Le coffre en bois, orné des écussons des « Bonnes Villes » du diocèse de l’époque, est destiné au transport de la châsse.

La chaire de vérité (Guillaume GEEFS, 1848) comporte plusieurs statues : devant, au centre, la Religion et de chaque côté Saint-Pierre et Saint-Paul, Saint-Lambert et Saint-Hubert ; derrière l’élégant Lucifer, l’Ange déchu, qui tourne le dos et refuse la Religion.

Une sobre plaque rappelle le carême que prêcha LACORDAIRE en 1847.

Avant d’entrer dans le cloître, nous souhaitons rappeler que la repose du grand vitrail Léon d’Oultres, la réalisation des vitraux de Kim en Joong ainsi que celle des baies de la nef et des transepts a été rendu possible grâce au généreux mécénat de M. l’abbé Michel Teheux. Qu’il en soit très vivement remercié !

Le cloître

Entrons dans le cloître. Tongres, Bruges et Liège conservent encore un cloître collégial. Le cloître a été reconstruit à partir de 1445, successivement, l’allée orientale et méridionale, et au début du 16e siècle, l’allée occidentale, plus élevée. Les deux premières allient harmonieusement le gris de la pierre, le rouge de la brique et les tons vert et rose des vitraux. Les remplages sont dus à la restauration du milieu du 19e siècle.

Des pierres tombales d’anciens chanoines et de belles épitaphes remontées récemment des évêques du 18e siècle, Georges-Louis de BERGHES et François-Charles de VELBRÜCK, jadis dans l’ancienne cathédrale.

Depuis peu, a été placée la pierre tombale de la deuxième sépulture de la Bienheureuse Marie-Thérèse Haze, fondatrice de la Congrégation des Filles de la Croix de Liège.

Le jardin du cloître offre un remarquable espace de silence et de prière en plein centre de la ville.

L’aile méridionale donne accès au nouveau Trésor, qui contient entre autres, buste reliquaire de Saint-Lambert, de Jean de REUTLINGEN (16e siècle), le reliquaire de Charles le Téméraire (15e siècle) et une remarquable collection d’ornements et de tissus anciens (7e-19e siècles). Sa visite est à ne pas manquer.

Le pourtour de l’église

La tour de la fin du 19e siècle, élevée jusqu’à hauteur de la nef, était surmontée d’un beffroi en bois. Pour la « nouvelle cathédrale », on le remplaça par la réplique de la grande tour de Saint-Lambert.

Le portail monumental (Corneille de BERGHES, 1538-1544) est surmonté d’un médaillon de la conversion de Saint-Paul.

Le petit portail nord porte à l’extérieur l’inscription : Sancta Legia Romanae Ecclesiae Filia. Cette devise figurait sur le sceau de la ville du 13e siècle. A l’intérieur, belles fausses-fenêtres, dont celle de l’entrée de l’église est ornée de fresques anciennes. Ce portail était ouvert côté ville.

Notez enfin les statues de Saint-Paul et de Saint-Lambert (milieu du 19e siècle) surmontant les gables nord et sud.

Admirez enfin l’entrée du Vinâve d’Ile (vinâve = lieu de voisinage ou de rencontre, la très belle statue de la Vierge et l’Enfant de DEL COUR, surmontant la fontaine.

(Présentation d’après une étude de Mgr Albert Houssiau, évêque émérite de Liège)

Visite virtuelle

Visite virtuelle de la Cathédrale (double-clic sur l’image pour passer en plein écran)