I. L’église cathédrale
L’église cathédrale est le centre du diocèse. L’Evêque y a sa cathèdre, sa chaire (parfois appelée trône), d’où il propose la doctrine chrétienne comme successeur des apôtres. Ce lieu rappelle donc l’ordination de celui-ci et son installation comme Evêque de Liège. Il y célèbre l’eucharistie aux grandes fêtes du Seigneur (Noël, Pâques et Pentecôte) ; à l’eucharistie de l’Evêque réfèrent toutes les eucharisties paroissiales, où l’on cite son nom. Il consacre ici les saintes huiles qui sont distribuées ensuite à toutes les paroisses. L’ordination de l’Evêque, l’ordination des prêtres et la messe chrismale sont des hauts moments de la vie diocésaine : les pasteurs, les responsables pastoraux et les fidèles autour de leur évêque .
La cathédrale est desservie par le chapitre, un collège de douze prêtres qui assurent la liturgie quotidienne (eucharistie et prière des heures) aux intentions de tout le diocèse.
L’église est dédiée à la conversion de Saint-Paul et à l’Assomption de Marie. Elle succède à la cathédrale Saint-Lambert depuis 1804.
II. Histoire de la construction
L’église avec son chapitre fut fondée en 966 par l’Evêque Eracle (959-971), prédécesseur immédiat de Notger. C’est la première église sur l’île formée sur les bras de la Meuse, au sud-ouest de la cité, c’est- à- dire de Saint-Lambert. Ce quartier ‘’en île’’ était habité depuis un certain temps par les fonctionnaires (ministériales) de l’Evêque et les premiers commerçants de l’île ; le quartier a gardé ce caractère commercial. Il se trouvait à cet endroit un oratoire dédié à Saint Callixte.
L’église primitive, construite par Eracle et achevée par Notger, devait-être de type ottonien, constituée de deux chœurs : la tour comportait deux étages s’ouvrant sur la nef ; le chœur oriental s’érigeait sur une crypte. Comportait-elle un transept ? Le cloître occupait-il la place actuelle ?
L’église actuelle (voir le plan à l’entrée de l’église), de style gothique, fut érigée à partir de 1240 et s’acheva en 1417-1430. Le cloître fut reconstruit à partir de 1445.
La première phase, du XIII e siècle, commença par le chœur actuel, à fond plat, sans abside et le mur est du transept ; puis vint l’achèvement du transept et le bas des deux premières travées de la nef. Cette phase est encore reconnaissable, par comparaison avec les autres travées, à certains détails des colonnes et des chapiteaux. Ensuite, après 1251, L’achèvement des deux premières travées (triforium et voûtes). La consécration de l’église eut lieu le 11 avril 1289. Puis, peu après 1333-1334, on construisit le reste de la nef et le portail vers l’île, puis les chapelles du bas-côté nord (nécessaires au nombre des messes). Vers le même temps, l’abside et ensuite les deux chapelles absidiales. Enfin les chapelles du bas-côté sud (sur l’emplacement de la galerie nord du cloître). On commença l’érection de la nouvelle tour vers 1390.
Le portail ouest date du XVI e siècle.
La tour a été surmontée du clocher et de la flèche en 1804. La restauration (1850-1875) a construit les collatéraux doubles du chœur (d’où la percée des baies du transept, 1865 et 1875), et garni de balustrades de pierre ainsi que, sur la façade nord, de contreforts ; les pignons nord et sud one été agrémentés de crochets et surmontés de statues.
Dimensions de l’intérieur
Longueur totale : 82,75m
Longueur du transept : 33,50m
Hauteur : 24m
Largeur de la nef et du chœur : 11m
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III. Visite de l’église
L’allure intérieure, aux lignes très pures, est très unifiée, notamment par l’égale hauteur des voûtes, depuis l’abside jusque sous la tour, malgré les différentes phases de construction. Le tout témoigne du style mosan. L’alliage du calcaire bleu mosan et du calcaire ocre lorrain est du plus bel effet. La charpente originale est conservée.
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La grande nef comporte sept travées et se prolonge dans le bas de la tour. Elle s’appuie sur des colonnes cylindriques, surmontées d’un chapiteau au feuillage très sobre, d’un tailloir d’où s’élèvent des colonnettes engagées qui se déploient dans les voûtes ; un très beau triforium (galerie ajourée de l’intérieur) fait de colonnettes et d’écoinçons sculptés. Notez les clés de voûte (à l’ouest) : des hommes barbus, et Saint-Paul entouré de deux céroféraires. Les voûtes du vaisseau et du transept sont peintes d’élégants rinceaux aux animaux variés (datés de 1528, 1529, 1557). La peinture des autres voûtes date du XIX e siècle.
Ceci donne l’impression d’une forêt.
![]() Le triforium. |
![]() Triforium: détails. |
Le chœur est fermé dans le bas par des murs, ornés de deux rangées d’arcatures aveugles très dépouillées (la première est cachée par les stalles) et de hautes fenêtres ; les colonnes sont engagées et ornées de très petits chapiteaux servant de départ des arcades des voûtes. Les vitraux sont dus à JULIN et PIROTTE (1981-1982).
L’abside (du XIV e siècle) est conforme au style mosan (comme à Huy) : des niches aux arcades trilobées, puis une verrière à deux étages ; l’éclairage va presque jusqu’au sol. Notez les superbes verrières de 1557-1559, sauf l’ornementation des deux extrémités : le beau calvaire Renaissance est dû à un dessin de Lambert Lombard. De part et d’autre, les donateurs avec Pierre et Paul ; remarquer les très beaux couronnements architecturaux et les belles armoiries des donateurs.
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Le maître-autel (1881-1894) en laiton doré, marbre sculpté (dont le martyre de Saint-Lambert), colonnettes en porphyre, est l’œuvre du liégeois J.J. DEHIN.
![]() Le Maître-autel de J-J Dehin. |
Dans le bas de l’autel, une belle mosaïque de Luc CARAMINI : Saint-Lambert gisant. L’aigle lutrin en bronze doré est dû à DEL COUR. Les stalles néo-gothiques représentent la vie de Saint-Lambert (côté nord), la Résurrection générale et le Jugement dernier (côté sud). A côté, l’ancien trône de l’évêque avec la représentation de Saint-Lambert et Saint-Hubert (1868)
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IV. Revenons au transept
Sous l’arc triomphal, le grand Christ en bois polychrome vers 1330, primitivement sur le jubé ancien, a été replacé sur une belle croix en 1884.
La cathèdre (trône de l’évêque) est très récente. Elle s’inspire d’un siège du musée d’Ansembourg et est digne de la tradition d’ébénisterie liégeoise.
![]() La cathèdre. |
La Sedes Sapientiae (vers 1230), provient de l’ancienne église Saint Jean-Baptiste. La Vierge en majesté présente l’Enfant-Dieu, sagesse du monde. Devant, le calvaire en laiton doré (DEHIN) provient de l’abbaye du Val-Dieu.
A droite, la grande verrière (en restauration) est le chef- d’œuvre verrier (1530) du temps du cardinal Erard de la MARCK, évêque de Liège. Le couronnement de la Vierge y apparaît au milieu d’une grande couronne, et au registre inférieur, la Conversion de Saint-Paul et la vénération de Saint-Lambert par le donateur. Adossée à la chapelle canoniale, une statue de Saint-Hubert date du XVI e siècle. Les peintures murales du transept (nord et sud) en style quattrocento (Adolphe TASSIN, fin du XIX e siècle), représentent la vie de la Vierge et la vie de Saint-Paul, et en style néo-gothique, le portrait des évêques et saints du diocèse (début du XX e siècle)
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Evéques et Saints du diocèse style néo-gothique (début du XXe siècle).
L’absidiole du collatéral sud est éclairée d’un vitrail (JULIN et PIROTTE, 1982) dédié à Saint-Hubert, évêque de Liège ; un autel ancien est orné de la fresque de la crucifixion (Lambert Lombard ?)
![]() Absidiole du collateral sud. |
Trois peintures ornent le mur de ce collatéral : la Descente de Croix de Gérard SEGHERS (1589-1651), le Banquet de Jupille d’Auguste CHAUVIN (1861), et la Conversion de Saint-Paul de Jean-Joseph ANCIAUX (1764-1840).
Dans le croisillon nord, la belle verrière de Max INGRAND (verrier de l’abside de Strasbourg ; + 1969) représente la Cène et la procession de la Fête-Dieu (en forme de double couronne) ainsi que les figures de l’eucharistie (le miracle de Cana et le sacrifice de Melchisédech) : composition bien équilibrée et de beaux coloris.
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Vitraux du transept (nord et sud).
Dans le collatéral nord, sous la simple dalle à même le sol, et dans l’absidiole, sous l’inscription au sol, sont inhumés les évêques de Liège : Albert de CUYCK (+1200), Erard de la MARCK (+1538), Georges d’Autriche (+1557), Constantin van HOESBROECK (+1792), Corneille van BOMMEL (+1851) et Guillaume-Marie van ZUYLEN (+2004).
Le très beau Christ en bronze de Jean DEL COUR (1631-1707) provient du Pont des Arches, où il était entouré de la Vierge et de Saint-Lambert. Il marquait l’entrée de la cité, en signe de dédicace : Legiae cives te adorant (ancienne inscription).
![]() Le Christ du Pont des Arches. |
Au fond de l’absidiole nord, le vitrail est dédié au martyre de Saint-Albert de Louvain, évêque de Liège, +1192 (JULIN et PIROTTE, 1982). Notez la statue récente de la Vierge des pauvres de Banneux. Sur le mur, le magistral Baptême du Christ du liégeois Jean-Guillaume CARLIER (1638-1678) : clair-obscur et personnages secondaires très vivants.
V. Descendons le bas-côté nord
Dans la chapelle du Saint-Sacrement, l’œuvre du fondeur liégeois J.J. DEHIN (1883, à l’occasion du Jubilé eucharistique de Liège), en laiton doré : le retable (belle Cène, le sacrifice d’Isaac, le sacrifice de Melchisédech ; et le banc de communion (de M . FINCOEUR) avec les symboles de l’eucharistie.
Au dessus de l’autel : Dispute sur le Saint-Sacrement du liégeois Erasme QUELLIN, disciple de Rubens (1607-1678) : Augustin, Jérôme, Grégoire le Grand et Ambroise. En face, un très beau tableau de l’assomption du liégeois Gérard de LAIRESSE (+1711) qui ornait le maître- autel de Saint-Lambert. Les beaux vitraux sur l’eucharistie sont de Max INGRAND.
![]() Dispute sur le Saint-Sacrement. |
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Vitraux de la chapelle du Saint Sacrement
La chapelle de la Vierge contient une belle statue en marbre de Carrare, au style classique rigoureux, du chartreux Robert HENRARD (1617-1676) (conservée au trésor) et de part et d’autre les bas-reliefs de DEL COUR : le don des clés à Pierre (inspiré du bas-relief de la façade de Saint-Pierre au Vatican) et de la rencontre de Pierre et Paul à Rome.
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Notre-Dame de Banneux
Le gisant du Christ (exécuté pour le tombeau de Walther de LIVERLOO et sa femme), est le chef d’œuvre de Jean DEL COUR (1696), qui profita d’un voyage à Rome pour s’inspirer de la Piéta de Michel-Ange, notamment pour le visage du Christ ; le corps est prêt à revivre.
![]() Le gisant du Christ |
Notez le buste de Mgr A. BARRETT, vicaire capitulaire de Liège de 1814 à 1829, et plus loin, la plaque commémorative de Mgr KERKHOFS (1927-1962), qui rappelle son action courageuse et généreuse durant la dernière guerre ; voir également le vitrail de la chapelle de la Vierge, qui lui est dédié de Gustave MONZEE (1950).
![]() Vitrail de Gustave Monzée (1950). |
Sous la tour, le mur qui soutient le jubé incorpore l’ancienne porte du chœur, style Louis XIII (1643). L’ancienne clôture en laiton du chœur avec l’inscription en wallon (J.J. DEHIN) a été placée ici pour répondre à la réforme de Vatican II. Les deux autels en laiton doré sont de J.J. DEHIN. Dans le fenestrage (refait au XIX e siècle, aux meneaux rayonnants), le très beau vitrail (vers 1970) de la Nativité, de la Résurrection et de la Pentecôte de Max INGRAND, avec en inscription un chant wallon de Noël. Deux grandes peintures d’ANCIAUX ornent les murs latéraux de la tour : la Résurrection et l’Assomption.
![]() L'ancienne clôture de séparation du choeur. |
![]() Détail du vitrail de la Nativité. |
![]() La Résurrection. |
![]() L’Assomption. |
VI. Revenons au bas-côté de droite
Les anciens combattants ont apposé cette belle plaque en bronze pour commémorer les prêtres liégeois et limbourgeois, morts lors de la dernière guerre, notamment les résistants.
Dans la chapelle Saint-Joseph, une statue du XVIII e siècle de Saint-Joseph provient de Notre-Dame-aux-fonts. De part et d’autre, deux anges baroques de l’abbaye du Val-Dieu. En face, deux monuments de style renaissance (premier quart du XVII e siècle) érigés à la mémoire de la famille Oranus.
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Dans la chapelle Saint-Lambert, la châsse contient les reliques de Saint-Lambert. La nouvelle châsse est due aux frères WILMOTTE (1896), sur le modèle des châsses mosanes du Moyen-âge. Elle remplace la châsse emportée par l’armée française et fondue à Hambourg. Elle représente la vie de Saint-Lambert. A côté, la belle statue de Saint-Lambert (style DEL COUR) provient du collège de Herstal.
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La chaire de vérité (Guillaume GEEFS, 1848) : Saint-Pierre et Saint-Paul, la Religion, Saint-Lambert et Saint-Hubert ; derrière l’élégant Lucifer.
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La chaire de vérité, sous les plafonds décorés d’élégants rinceaux.
Une sobre plaque rappelle le carême que prêcha LACORDAIRE en 1847.
VII. Le cloître
Entrons dans le cloître. Tongres, Bruges et Liège conservent encore un cloître collégial. Le cloître a été reconstruit à partir de 1445, successivement, l’allée orientale et méridionale, et au début du XVI e siècle, l’allée occidentale, plus élevée. Les deux premières allient harmonieusement le gris de la pierre, le rouge de la brique et les tons vert et rose des vitraux. Les remplages sont dus à la restauration du milieu du XIX e siècle.
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Le paisible jardin du cloître.
Des pierres tombales d’anciens chanoines et de belles épitaphes remontées récemment des évêques du XVIII e siècle, Georges-Louis de BERGHES et François-Charles de VELBRÜCK, jadis dans l’ancienne cathédrale.
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Pierres tombales dans le cloître.
L’aile méridionale donne accès au nouveau Trésor, qui contient entre autres, buste reliquaire de Saint-Lambert, de Jean de REUTLINGEN (XVI e siècle), le reliquaire de Charles le Téméraire (XV e siècle) et une remarquable collection d’ornements et de tissus anciens (VII e-XIX e siècles). Sa visite est à ne pas manquer.
VIII. Le pourtour de l’église
La tour de la fin du XIX e siècle, élevée jusqu’à hauteur de la nef, était surmontée d’un beffroi en bois. Pour la « nouvelle cathédrale », on le remplaça par la réplique de la grande tour de Saint-Lambert.
![]() La tour. |
Le portail monumental (Corneille de BERGHES, 1538-1544) est surmonté d’un médaillon de la conversion de Saint-Paul.
Le petit portail nord porte à l’extérieur l’inscription : Sancta Legia Romanae Ecclesiae Filia. Cette devise figurait sur le sceau de la ville du XIII e siècle. A l’intérieur, belles fausses-fenêtres, dont celle de l’entrée de l’église est ornée de fresques anciennes. Ce portail était ouvert côté ville.
Notez enfin les statues de Saint-Paul et de Saint-Lambert (milieu du XIX e siècle) surmontant les gables nord et sud.
Admirez enfin l’entrée du Vinâve d’Ile (vinâve = lieu de voisinage ou de rencontre, la très belle statue de la Vierge et l’Enfant de DEL COUR, surmontant la fontaine.
![]() Place de la cathédrale et l’entrée du Vinâve d’Ile |







































